A propos du capitalisme

Taille de la police: Decrease font Enlarge font

Le capitalisme repose sur une société marchande qui distingue le propriétaire du capital ou des moyens de production (outils, équipements), et celui qui loue ses services : le salarié. Le propriétaire du capital en tire ainsi un revenu : le profit. Il rémunère le salarié par un salaire, contrepartie du temps occupé dans une activité précisée. Le capitalisme s'appuie sur les règles de l'économie de marché, notamment pour rémunérer le salariat. On a également parlé de capitalisme d'Etat quand celui-ci possède l'essentiel des moyens de production et du capital.
Le capitalisme se caractérise par l'importance du salariat, d'une part, et des mécanismes d'appropriation du capital, d'autre part.
Les causes et le développement du capitalisme ont été diversement étudiés depuis la fin du XIXe siècle. Chez Marx, il s'agit d'un système de production temporaire de l'histoire de l'humanité, entre le servage et le socialisme, dit scientifique, fondé sur la lutte des classes. Ce fut cependant Werner Sombart qui forgea le mot « capitalisme » en 1902[1], en l'associant à la mentalité juive. Il fut suivi par Max Weber, en 1904, qui expliqua à son tour son émergence par la valorisation du travail et de l'épargne dans la morale protestante. « L'idée que l'homme a des devoirs vis-à-vis de la fortune qui lui est confiée, qu'il doit lui être soumis comme un intendant dévoué, voire une « machine à profit » pèse sur la vie comme une chape glacée », écrit Weber. « Plus la fortune augmente, plus l'homme est pénétré - si la mentalité ascétique résiste à cette épreuve - du sentiment de sa responsabilité, qui lui impose de conserver intact son bien pour la gloire de Dieu et de le multiplier en travaillant sans relâche. La genèse de ce style de vie remonte par certains aspects, comme tant d'éléments de l'esprit capitaliste moderne, au Moyen-âge, mais ce n'est que dans l'éthique du protestantisme ascétique qu'il a trouvé un fondement éthique conséquent. Son importance pour le développement du capitalisme est évidente[2]. » Fernand Braudel en eut une approche historique, il en fit remonter l'origine au Moyen-âge, aux grands comptoirs et à la lettre de change[3]. Weber a cependant admis que le capitalisme se développa également dans l'Antiquité, donc, dans un contexte culturel polythéiste[4]. D'autres auteurs encore développent des analyses plus ou moins proches[5].
Il nous semble pourtant, ce qui ne contredit nullement ces différentes thèses, que c'est l'abandon des voies ouvertes par les observations et théories thomistes qui est à l'origine de l'émergence des capitalismes post-antiques. Au fur et à mesure que les innovations juridiques, financières et techniques se multiplièrent, on finit par justifier et développer la chrématistique à l'égal de l'économique.
Cependant, si des institutions caractéristiques du capitalisme existaient dès l'Antiquité, c'est avec l'innovation financière que fut le prêt à la grande aventure, apparu avec les Grandes découvertes, dès le XVe siècle, et les idées nouvelles de la Renaissance, qu'il put se développer. Le prêt à la grande aventure associait les apporteurs de capitaux aux bénéfices de l'aventure, mais ils devaient, en contrepartie, renoncer à leur capital en cas d'insuccès ou de naufrage. Ce prêt ouvrit la voie à la création de la société de capitaux. Puis L'école de la Salamanque au XVIe siècle discuta les travaux des anciens scolastiques, notamment la perception d'un intérêt considéré comme une prime de risque, et le prix du manque à gagner. Enfin, dans la seconde moitié du XIXe siècle, les Etats européens dispensèrent la création des sociétés anonymes de l'autorisation gouvernementale précédemment requise.
Avec la société anonyme qui put se développer librement à partir de la seconde partie du XIXe siècle (en France après 1867), les propriétaires virent leur responsabilité limitée et leur anonymat assuré. La fondation de sociétés anonymes encouragea l'essor des banques. La tournure d'esprit qui s'en suivit légitima, afin d'intensifier et d'accélérer le commerce, des techniques d'anticipation, de spéculation et de réduction du temps. Tournure d'esprit que La Fontaine avait, en son temps, dénoncé en soulignant qu'”il ne faut jamais vendre la peau de l'ours qu'on ne l'ait mis en terre [6]”.
Le développement du capitalisme engendra à son tour d'autres conceptions de la répartition des droits de propriété avec le socialisme, le coopératisme et le mutualisme.


[1] - Werner Sombart, économiste et sociologue allemand (1863-1941), Le capitaliusme moderne, 1902.
[2] - Max Weber, L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, Le Monde Flammarion, 2009, P. 174.
[3] - Il souligna, par ailleurs, que le mot capitalisme n'est pas anachronique pour illustrer le domaine planétaire de l'islam où « la spéculation sur les marchandises n'a pour ainsi dire pas de limites » (Fernand Braudel, Grammaire des civilisations, Flammarion 1993). L'islam aurait fourni un renouveau au monde occidental en régrssion depis le V² siècle, et favorisé l'émergence du capitalisme marchand dans les cités italiennes Ainsi, Bagdad, fondée en 762, centre de l'empire musulman du VIIIe au Xe siècle participa au développement du commerce et à la diffusion des techniques grâce à sa position centrale entre l'Inde, la Chine et le monde gréco-latin médiéval. (Alternatives économiques, Hors série pratique, nov. 2008). On pense également aux travaux du médecin persan Avicenne (Xe siècle) et du scientifique et philosophe andalou controversé Averroés (XIIe siècle). Pour d'autres, en revanche, comme Henri Pirenne, « l'emprise musulmane contribua à la régression européenne en brisant l'unité économique méditerannéenne » (Henri Pirenne, (1862-1935), Mohamet et Charlemagne, 1936).
[4] - Selon Weber, « Carthage, à une période antérieure à toute frappe de monnaie, et même Rome à l'époque de l'aes rude, étaient plus fortement capitalistes que « l'économie nationale des Lagides » Mais ce type de capitalisme n'a jamais réussi à développer au niveau structurel les formes d'émancipation du capitalisme médiéval. Agrarverhältnisse im Altertum (Weber 1909) in « Capitalisme » antique et « Capitalisme » médiéval dans l'oeuvre de Max Weber, Luigi Capogrossi-Colognesi, 2004.
[5] - Norman Palma et Edouard Husson estiment que la loi de l'Haeas corpus de mai 1679 en Angleterre, considéré comme acte fondateur de l'état de droit et de la sécurité juridique (elle protégeait contre la détention arbitraire) fut à l'origine du libéralisme et du développement économique. Cette loi rendit possible l'apparition de banques régionales qui permirent d'élever le niveau d'efficacité de la monnaie gâce au crédit et à l'investissement. Le capitalisme, malade de sa monnaie, François Xavier de Guilbert, 2009.
[6] - Jean de La Fontaine (1621-1695) fabuliste, L'ours et les deux compagnons, Fable XX, Livre V.

Ajouter à: Add to your del.icio.us del.icio.us | Digg this story Digg

  • email Envoyer par email à un ami
  • print Version imprimable
  • Plain text
Notes
Pas de note pour cet article
Estimez cet article
0