L'Union européenne des paiements
L'Union européenne des paiements (UEP)[1] fut mise en place le 1er juillet 1950 dans le cadre de l'OCDE. Elle avait pour objectif de faciliter la répartition des fonds à long terme dont les dons et aides américaines du plan Marshall aux pays européens. Elle prit fin en 1958.
Elle remplissait une triple fonction de chambre de compensation, de redistributeur de crédit et de caisse centrale des pays européens dans un contexte de pénurie de réserves d'or. Elle fit suite aux « Accords de paiement et de compensations intra-européens qui, depuis 1948, participaient au relèvement et à la coopération économique des pays européens. Ces pays membres de l'UEP ne disposaient que de très faibles réserves en or et devises. La faiblesse de ces réserves rendait impossible d'adhérer au « Gold exchange system » qui prévalait avant guerre, et dans lequel les monnaies étaient compatibles en or et entre elles. L'UEP fut ainsi une solution provisoire que les pays européens adoptèrent dans l'attente de s'intégrer au libre-échange mondial. Elle s'étendait sur les zones monétaires couvertes par les pays membres, en Europe, en Afrique, en Asie, en Océanie et en Indonésie.
Dans l'UEP, la Banque centrale de chaque pays qui en était membre tenait un compte pour chacun de ses partenaires. Chaque mois, leurs comptes étaient arrêtés et les soldes correspondants communiqués à l'UEP, par le canal de la Banque des Règlements Internationaux (BRI) qui était chargée des règlements. Ces soldes étaient convertis en une unité de compte commune (équivalente au dollar qui était, à l'époque, défini par le prix officiel de l'or). Puis, on effectuait, chaque mois, une compensation multilatérale suivie du règlement du solde net qui en résultait. Quand un pays était débiteur vis-à-vis de l'UEP, il lui versait la contrepartie en or pour bénéficier d'un crédit[2]. Malgré la pénurie des contreparties en or, ces compensations autorisaient le change des monnaies
A l'origine, l'UEP bénéficia d'un fonds de roulement constitué d'une dotation de 350 millions de dollars fournis par les Etats-Unis au titre du plan Marshall. Ce montant varia en fonction des débits et des crédits de l'UEP vers le reste du monde. Il diminua jusqu'à 179 millions en octobre 1951 et s'éleva jusqu'à 478 millions en février 1954. L'UEP prit fin le 27 décembre 1958, en laissant une dette de 2950 millions d'unités de compte exprimés en dollars. La France était débitrice vis-à-vis de l'UEP de 484,5 millions et l'Allemagne créditrice de 871,6 millions. La dette bilatérale de la France vis-à-vis de l'Allemagne était de 167,3 millions. Un Accord Monétaire Européen (AME) signé par 17 pays succéda à l'UEP en 1955[3]. Les monnaies européennes devinrent alors convertibles sous la pression de l'OECE et de la CEE instituée par le traité de Rome.
[1] - L'union européenne des paiements, Michel Jaoul, Olivier Schloesing, in Revue économique, volume 5, n°2 1954, pp 263-277 (Persée).
[2] - Toutefois, cette compensation n'était automatiquement accordée que si elle se situait en dessous d'une limite, propre à chaque pays membre, de son déficit cumulatif moyen mensuel depuis 1950, appelée quota, égal à 15 % des dépenses et recettes extérieures de chaque pays. La proportion des versements d'or et des attributions de crédits à chacune des parties en présence dépendait du niveau des déséquilibres extérieurs. Par exemple, plus le déséquilibre (excédent ou déficit) se rapprochait de son quota, plus le règlement s'effectuait en or et moins en crédit. Le pays déficitaire devait verser une part de son déficit en or à l'UEP et recevait un crédit pour couvrir le reste. Et inversement pour un pays excédentaire qui recevait une partie de son excédent en or et accordait un crédit à l'UEP. Cependant, de façon générale, le règlement des excédents se faisait moitié en or moitié en crédit.
[3] - La liquidation de l'UEP et l'accord monétaire européen in Revue économique, volume 10, n° 5, 1959, pp. 755-783.


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