Le Système Monétaire européen

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Pour lutter contre les fluctuations monétaires consécutives à la décision américaine du 15 août 1971 de suspendre la convertibilité du dollar en or, cinq pays européens décidèrent, le 10 avril 1972, à Bâle, d'intégrer leurs devises dans un « serpent monétaire européen ». L'idée était de permettre aux Banques centrales membres de ce serpent de maintenir la parité de ses monnaies européennes entre elles, dans des marges de fluctuation limitées à plus ou moins 1,25 %, qui elles-mêmes ne devaient pas fluctuer au-dessus ou en dessous de 2,25 % d'un cours pivot attaché au dollar. Les différences de politique économique des Etats membres nécessitèrent de nombreux réalignements de 1972 à 1978. Le franc français quitta le serpent après la crise pétrolière de 1973, et de 1976 à 1978, seuls le mark allemand, la couronne danoise, le florin néerlandais et les francs belge et luxembourgeois restèrent dans le serpent.
Le 13 mars 1979, sur la proposition de l'Allemagne de l'ouest et de la France, on passa donc au système monétaire européen (SME) avec comme objectif le renforcement de la cohésion des différentes monnaies nationales qui en étaient membres. Le SME était un système de changes fixes mais révisables, qui se fondait autour d'une unité de compte, l' European currency unit (ECU), définie par un panier des monnaies européennes qui en étaient membres. Chaque monnaie européenne avait une valeur de change exprimée en ECU. Elle s'échangeait entre elles relativement à cette parité.
Le SME était régulé par le Fonds européen de coopération monétaire avec 20 % de réserves des Banques centrales en or et en dollars, comptés en ECU.
L'ECU n'était qu'une monnaie de compte (qui ne circulait pas) dont la valeur était déterminée par un panier de monnaies nationales européennes, dont la livre sterling. L'ECU était ainsi plus stable que les autres monnaies nationales puisque la faiblesse des unes compensait la force des autres. Cependant, la cohésion monétaire que devait instaurer le SME fut de courte durée. De 1979 à 1983, on compta sept réajustements. Pendant cette période, le deutsche mark fut réévalué de 30 % par rapport au franc. Après les accords du Plaza et du Louvre, en 1985 et 1987, qui essayèrent de limiter les fluctuations de la monnaie américaine, et le krach boursier d'octobre 1987, l'idée d'un espace monétaire européen, d'une monnaie européenne et d'une Banque centrale européenne (BCE) se confirma. C'est dans ce contexte que pour éviter le recours à des dévaluations répétitives (la dernière en date remontait à 1986) et pour contenir l'hégémonie du deutschemark, que la France adopta des pratiques de rigueur monétaire avec la désinflation compétitive. En affirmant que « la prospérité est subordonnée à la défense des monnaies fortes », la Commission européenne[1] préconisa dans le rapport Delors de 1989[2], une intégration économique progressive avec la libération des capitaux, puis la mise en place d'une monnaie commune, et enfin l'harmonisation des politiques économiques et fiscales. La création d'une monnaie commune, présentée comme « naturelle et souhaitable », n'était cependant pas considérée comme strictement nécessaire.
Si nul censeur ne vint ouvertement dénoncer la nécessité d'une union européenne, des ambitions contradictoires apparurent sur l'opportunité d'une Europe monétaire sans intégration politique préalable, d'une monnaie unique (ce qui signifiait l'abandon des devises nationales) ou encore sur les conditions d'indépendance de la Banque centrale européenne.


[1] - La Commission européenne est issue de la fusion des exécutifs de la Communauté européenne charbon acier (CECA), de la Communauté économique européenne et de la Politique agricole commune ( PAC).
[2] - Jacques Delors, président de la Commission européenne de 1985 à 1995. Inspirateur du livre blanc de la Commission européenne recommandant la création d'un grand marché unique qui déboucha sur l'acte unique en 1986.

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