Cours de l'or : le paradoxe se dévoile
- Extrait GEAB N°34 (15 avril 2009) -
D'un bout à l'autre de la planète, on assiste depuis des mois à un phénomène paradoxal dont la presse s'est largement faite l'écho : du fait de la crise, les opérateurs ont fui la plupart des catégories d'actifs (immobilier, bourse, devises, matières premières, …) et un grand nombre d'entre eux ont investi une partie de leur portefeuille en or, provoquant même des pénuries de pièces ou de lingots sur de nombreux marchés. Pourtant, et c'est là le paradoxe, le prix de l'or ne décolle pas d'un cours-pivot autour de 900 USD/once.
Dans un premier temps, au cours du second semestre 2008, l'explication communément admise a été que les exigences de couverture de pertes massives dans les autres classes d'actifs avaient imposé des ventes importantes d'or à leurs détenteurs, compensant ainsi la demande croissante. Et cela a probablement été le cas. Mais depuis le début 2009, le paradoxe se maintient sans que cette explication ne puisse désormais suffire pour expliquer l'état du cours du métal jaune.
LEAP/E2020 a donc tenté de comprendre le « pourquoi » de cette situation et d'en tirer des conclusions utiles pour les abonnés du GEAB. Rappelons que l'analyse du marché de l'or est particulièrement complexe car s'y mêlent plusieurs phénomènes qui opacifient son fonctionnement réel :
1. c'est à la fois un marché hautement spéculatif où circulent des informations de toute nature pour servir telle ou telle tendance du marché ; et un marché de matière première industrielle (notamment pour l'orfèvrerie)
2. c'est un marché animé par des opérateurs particulièrement convaincus, de manière parfois idéologique, du caractère « unique » de l'or comme seule base légitime d'une économie et d'une monnaie saine
3. c'est un marché sous haute surveillance des banques centrales et des Etats qui le perçoivent, en temps de crise, d'une part, comme un danger potentiel pour les monnaies fiduciaires ; et, d'autre part, comme une valeur confiscable de la « dernière chance » quand la crise devient incontrôlable (1)
4. enfin, c'est un marché qui traite d'un métal identifié à la richesse depuis des millénaires, connu pour rendre les gens fous !
Donc, pour essayer de comprendre ce qu'il se passe actuellement sur ce marché, la prudence est de mise. Néanmoins, au sein des zones d'ombres multiples du marché international de l'or, une zone plus sombre que d'autres semble permettre d'apporter une explication à la situation actuelle du cours de l'or ; et, en même temps, de pouvoir en tirer des recommandations utiles pour les abonnés du GEAB. C'est la différence entre les deux types de marché existant pour le métal jaune :
1. le marché physique qui implique une transaction réelle de métal jaune : on y vend et on y achète de vraies pièces et lingots qu'il faut ensuite stocker soi-même (dans un coffre de banque, dans son jardin ou sous son matelas (2))
2. le marché de l'or-papier : on y vend et achète des certificats qui garantissent la possession d'une certaine quantité d'or (pièces ou lingots), que le vendeur s'engage à fournir physiquement si l'acheteur l'exige.
L'aspect pratique du marché de l'or-papier est évident : il évite les problèmes complexes de transport et de stockage pour les acheteurs de quantités importantes d'or et facilite ainsi toutes les transactions fluidifiant un marché mondial du métal jaune. Cependant il impose une confiance absolue dans deux types d'opérateurs au cœur de ce marché :
. les vendeurs
. les régulateurs
Les premiers doivent en effet être au-dessus de tout soupçon et respecter les règlementations qui leur imposent en général de posséder l'équivalent physique de 90% du montant des certificats qu'ils négocient. Les seconds doivent être encore plus légitimes puisqu'ils doivent s'assurer que tous les vendeurs d'or-papier respectent bien la réglementation.
Or, en la matière, le spectacle des établissements financiers mondiaux et des régulateurs des principales places financières internationales durant les deux dernières années n'incite pas à un grand optimisme : les premiers se sont comportés (et continuent à le faire) comme des escrocs de haut vol et les seconds comme les complices des premiers, en particulier à Wall Street et à la City … qui sont, comme par hasard, les centres internationaux du marché de l'or (3).
Pour LEAP/E2020, dans le contexte actuel de lutte pour la survie des grands établissements financiers et de crise du système monétaire international, il serait très naïf d'imaginer que les régulateurs du marché de l'or jouent franc-jeu, dans la mesure où ce jeu se ferait, d'une part, au détriment du Dollar, de la Livre britannique, et de la plupart des monnaies fiduciaires ; et, d'autre part, au détriment des bilans des grands établissements financiers, déjà bien mal en point. Nous pensons donc que le marché de l'or-papier ne fonctionne plus selon les normes édictées et que nombre d'opérateurs sur ce marché ne respectent plus la contrainte de 90% d'or physique en garantie. Il est impossible de savoir précisément à quel niveau de couverture ils opèrent mais il est probable qu'il est tombé très bas, en tout cas à un niveau qui poserait un grave problème si demain plus de la moitié des acheteurs exigeait la conversion de leurs certificats en or physique (4).
Pour mémoire, les Etats-Unis n'ont rien fait d'autre qu'une telle manipulation quand, en 1971, le président Nixon a brutalement annoncé que le Dollar n'était plus gagé sur l'or : le Dollar d'avant 1971 n'était qu'un type de certificat sur l'or et les Etats-Unis un vendeur d'or-papier qui n'avait pas respecté les contraintes de couverture de ses certificats et qui a dû reconnaître qu'il ne pouvait pas honorer ses contrats (5).
Dans un premier temps, au cours du second semestre 2008, l'explication communément admise a été que les exigences de couverture de pertes massives dans les autres classes d'actifs avaient imposé des ventes importantes d'or à leurs détenteurs, compensant ainsi la demande croissante. Et cela a probablement été le cas. Mais depuis le début 2009, le paradoxe se maintient sans que cette explication ne puisse désormais suffire pour expliquer l'état du cours du métal jaune.
LEAP/E2020 a donc tenté de comprendre le « pourquoi » de cette situation et d'en tirer des conclusions utiles pour les abonnés du GEAB. Rappelons que l'analyse du marché de l'or est particulièrement complexe car s'y mêlent plusieurs phénomènes qui opacifient son fonctionnement réel :
1. c'est à la fois un marché hautement spéculatif où circulent des informations de toute nature pour servir telle ou telle tendance du marché ; et un marché de matière première industrielle (notamment pour l'orfèvrerie)
2. c'est un marché animé par des opérateurs particulièrement convaincus, de manière parfois idéologique, du caractère « unique » de l'or comme seule base légitime d'une économie et d'une monnaie saine
3. c'est un marché sous haute surveillance des banques centrales et des Etats qui le perçoivent, en temps de crise, d'une part, comme un danger potentiel pour les monnaies fiduciaires ; et, d'autre part, comme une valeur confiscable de la « dernière chance » quand la crise devient incontrôlable (1)
4. enfin, c'est un marché qui traite d'un métal identifié à la richesse depuis des millénaires, connu pour rendre les gens fous !
Donc, pour essayer de comprendre ce qu'il se passe actuellement sur ce marché, la prudence est de mise. Néanmoins, au sein des zones d'ombres multiples du marché international de l'or, une zone plus sombre que d'autres semble permettre d'apporter une explication à la situation actuelle du cours de l'or ; et, en même temps, de pouvoir en tirer des recommandations utiles pour les abonnés du GEAB. C'est la différence entre les deux types de marché existant pour le métal jaune :
1. le marché physique qui implique une transaction réelle de métal jaune : on y vend et on y achète de vraies pièces et lingots qu'il faut ensuite stocker soi-même (dans un coffre de banque, dans son jardin ou sous son matelas (2))
2. le marché de l'or-papier : on y vend et achète des certificats qui garantissent la possession d'une certaine quantité d'or (pièces ou lingots), que le vendeur s'engage à fournir physiquement si l'acheteur l'exige.
L'aspect pratique du marché de l'or-papier est évident : il évite les problèmes complexes de transport et de stockage pour les acheteurs de quantités importantes d'or et facilite ainsi toutes les transactions fluidifiant un marché mondial du métal jaune. Cependant il impose une confiance absolue dans deux types d'opérateurs au cœur de ce marché :
. les vendeurs
. les régulateurs
Les premiers doivent en effet être au-dessus de tout soupçon et respecter les règlementations qui leur imposent en général de posséder l'équivalent physique de 90% du montant des certificats qu'ils négocient. Les seconds doivent être encore plus légitimes puisqu'ils doivent s'assurer que tous les vendeurs d'or-papier respectent bien la réglementation.
Or, en la matière, le spectacle des établissements financiers mondiaux et des régulateurs des principales places financières internationales durant les deux dernières années n'incite pas à un grand optimisme : les premiers se sont comportés (et continuent à le faire) comme des escrocs de haut vol et les seconds comme les complices des premiers, en particulier à Wall Street et à la City … qui sont, comme par hasard, les centres internationaux du marché de l'or (3).
Pour LEAP/E2020, dans le contexte actuel de lutte pour la survie des grands établissements financiers et de crise du système monétaire international, il serait très naïf d'imaginer que les régulateurs du marché de l'or jouent franc-jeu, dans la mesure où ce jeu se ferait, d'une part, au détriment du Dollar, de la Livre britannique, et de la plupart des monnaies fiduciaires ; et, d'autre part, au détriment des bilans des grands établissements financiers, déjà bien mal en point. Nous pensons donc que le marché de l'or-papier ne fonctionne plus selon les normes édictées et que nombre d'opérateurs sur ce marché ne respectent plus la contrainte de 90% d'or physique en garantie. Il est impossible de savoir précisément à quel niveau de couverture ils opèrent mais il est probable qu'il est tombé très bas, en tout cas à un niveau qui poserait un grave problème si demain plus de la moitié des acheteurs exigeait la conversion de leurs certificats en or physique (4).
Pour mémoire, les Etats-Unis n'ont rien fait d'autre qu'une telle manipulation quand, en 1971, le président Nixon a brutalement annoncé que le Dollar n'était plus gagé sur l'or : le Dollar d'avant 1971 n'était qu'un type de certificat sur l'or et les Etats-Unis un vendeur d'or-papier qui n'avait pas respecté les contraintes de couverture de ses certificats et qui a dû reconnaître qu'il ne pouvait pas honorer ses contrats (5).
Bien entendu, le marché de l'or est également affecté par l'offre de métal précieux. Ces sources sont essentiellement l'extraction (qui est fondamentalement stable) ou la vente de parts des réserves des Etats ou d'institutions internationales comme le FMI (6). Par des ventes massives (publiques ou discrètes) les Etats peuvent aisément modifier l'évolution du cours de l'or (7). Actuellement, le niveau des ventes officielles n'a pas particulièrement varié. Et, pour nombre d'Etats européens, qui, du fait de l'Euro, ne peuvent plus compter sur ces revenus directs des ventes d'or puisqu'ils n'en reçoivent plus que les intérêts (le capital est aux mains des banques centrales), l'intérêt des ventes est dorénavant marginal. La tempête monétaire qui s'annonce pour la fin de l'été 2009 risque d'inciter les gouvernements à échanger leurs réserves en devises, tout particulièrement en Dollars US, contre des réserves en or. Pour ce qui est des Etats-Unis, ces réserves en or, même valorisées au prix actuel du marché (à environ 300 milliards USD (8)), ne constituent qu'une faible fraction des sommes exorbitantes engagées par l'état fédéral dans le cadre de la crise actuelle (et il existe une grande incertitude sur la quantité exacte des réserves américaines actuelles (9)). Cependant l'analyse de LEAP/E2020 et sa recommandation ne portent absolument pas sur une évolution du cours de l'or, mais sur la sécurité de l'investissement réalisé : que l'acheteur d'or ait bien finalement de l'or entre les mains au lieu d'un bout de papier sans valeur.
En conclusion, notre équipe recommande à ses abonnés qui ne souhaitent pas spéculer (et donc prendre le risque de perdre tout leur investissement (10)) de ne plus investir du tout dans l'or-papier et de se limiter à des transactions physiques (11). C'est bien sûr une contrainte opérationnelle forte, mais à l'approche de la rupture du système monétaire international à l'été 2009, nous estimons qu'il existe un risque désormais majeur que les possesseurs d'or-papier se retrouvent totalement spoliés quand les vendeurs devront reconnaître qu'ils ne peuvent pas honorer leurs contrats face à une trop forte demande.
En conclusion, notre équipe recommande à ses abonnés qui ne souhaitent pas spéculer (et donc prendre le risque de perdre tout leur investissement (10)) de ne plus investir du tout dans l'or-papier et de se limiter à des transactions physiques (11). C'est bien sûr une contrainte opérationnelle forte, mais à l'approche de la rupture du système monétaire international à l'été 2009, nous estimons qu'il existe un risque désormais majeur que les possesseurs d'or-papier se retrouvent totalement spoliés quand les vendeurs devront reconnaître qu'ils ne peuvent pas honorer leurs contrats face à une trop forte demande.
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Notes:
(1) Nombreux sont les pays qui ont vu des politiques d'interdiction de possession privée de l'or et/ou de vente forcée à l'Etat à des cours dérisoires. Les Etats-Unis et l'Allemagne ont ainsi connu de telles situations au XX° siècle. Les Etats-Unis ont même maintenu une interdiction de possession privée de l'or de 1934 à 1974. Et c'est pour cela que depuis deux ans LEAP/E2020 rappelle régulièrement à ses abonnés qu'il faut se méfier du marché de l'or et surveiller attentivement les réactions des autorités publiques en la matière, même si, actuellement, il est utile de diversifier jusqu'à 30% de ses avoirs dans les matières précieuses (or, argent, platine, …).
(2) La dernière option est plus sûre mais plus inconfortable.
(3) Sources : TraderTech ; Quid
(4) Avery Goodman a publié deux articles fort intéressants à ce sujet évoquant deux cas impliquant, d'une part, la possibilité que le New York Stock Exchange soit déjà en rupture de stocks d'or pour certaines catégories de produits, et, d'autre part, que la Banque Centrale Européenne soit intervenu discrètement pour éviter un problème de couverture de ce même marché new yorkais (en l'occurrence le COMEX). Sources : SeekingAlpha, 27/03/2009 ; SeekingAlpha, 02/04/2009
(5) Le Royaume-Uni avait fait la même chose en 1931 à cause de la crise économique.
(6) Ce dernier a annoncé mettre en vente 400 tonnes d'or l'année dernière dans le cadre de sa réorganisation. Et les récentes déclarations du sommet du G20 à Londres sur les ventes d'or du FMI ne sont pas claires du tout. S'agit-il des 400 tonnes prévues ou de quantités supplémentaires ? Mystère et, de toute façon, c'est l'assemblée générale du FMI qui devra décider. Source : Reuters, 02/04/2009
(7) Pour un état des réserves d'or dans le monde : Wikipedia.
(8) Source : Watoday, 09/03/2009
(9) Depuis quelques années, de fréquents changements de nomenclature dans la classification des différentes composantes des réserves d'or des Etats-Unis ont généré toute une série de questions sur la quantité exacte des réserves en or du pays. Leur utilisation par l'ESF (Exchange Stabilization Fund, dont LEAP/E2020 a déjà décrit les interventions sur le marché des changes à l'été 2008, est suspectée d'avoir en fait fortement réduit les avoirs en or du pays contrairement aux statistiques officielles. Source : MarketOracle, 31/01/2007
(10) Nous rappelons à ce sujet que nos analyses et recommandations ne sont jamais destinées à des logiques de spéculation. Et que ceux qui les utilisent à ces fins prennent le risque que doit assumer tout spéculateur : perdre l'intégralité de son pari.
(11) Et donc de transformer leurs certificats actuels, s'ils en ont, en or physique.
Notes:
(1) Nombreux sont les pays qui ont vu des politiques d'interdiction de possession privée de l'or et/ou de vente forcée à l'Etat à des cours dérisoires. Les Etats-Unis et l'Allemagne ont ainsi connu de telles situations au XX° siècle. Les Etats-Unis ont même maintenu une interdiction de possession privée de l'or de 1934 à 1974. Et c'est pour cela que depuis deux ans LEAP/E2020 rappelle régulièrement à ses abonnés qu'il faut se méfier du marché de l'or et surveiller attentivement les réactions des autorités publiques en la matière, même si, actuellement, il est utile de diversifier jusqu'à 30% de ses avoirs dans les matières précieuses (or, argent, platine, …).
(2) La dernière option est plus sûre mais plus inconfortable.
(3) Sources : TraderTech ; Quid
(4) Avery Goodman a publié deux articles fort intéressants à ce sujet évoquant deux cas impliquant, d'une part, la possibilité que le New York Stock Exchange soit déjà en rupture de stocks d'or pour certaines catégories de produits, et, d'autre part, que la Banque Centrale Européenne soit intervenu discrètement pour éviter un problème de couverture de ce même marché new yorkais (en l'occurrence le COMEX). Sources : SeekingAlpha, 27/03/2009 ; SeekingAlpha, 02/04/2009
(5) Le Royaume-Uni avait fait la même chose en 1931 à cause de la crise économique.
(6) Ce dernier a annoncé mettre en vente 400 tonnes d'or l'année dernière dans le cadre de sa réorganisation. Et les récentes déclarations du sommet du G20 à Londres sur les ventes d'or du FMI ne sont pas claires du tout. S'agit-il des 400 tonnes prévues ou de quantités supplémentaires ? Mystère et, de toute façon, c'est l'assemblée générale du FMI qui devra décider. Source : Reuters, 02/04/2009
(7) Pour un état des réserves d'or dans le monde : Wikipedia.
(8) Source : Watoday, 09/03/2009
(9) Depuis quelques années, de fréquents changements de nomenclature dans la classification des différentes composantes des réserves d'or des Etats-Unis ont généré toute une série de questions sur la quantité exacte des réserves en or du pays. Leur utilisation par l'ESF (Exchange Stabilization Fund, dont LEAP/E2020 a déjà décrit les interventions sur le marché des changes à l'été 2008, est suspectée d'avoir en fait fortement réduit les avoirs en or du pays contrairement aux statistiques officielles. Source : MarketOracle, 31/01/2007
(10) Nous rappelons à ce sujet que nos analyses et recommandations ne sont jamais destinées à des logiques de spéculation. Et que ceux qui les utilisent à ces fins prennent le risque que doit assumer tout spéculateur : perdre l'intégralité de son pari.
(11) Et donc de transformer leurs certificats actuels, s'ils en ont, en or physique.


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